A l’heure où la France se déchire à propos du burkini, sa cosmopolite délégation de boxe olympique envoie un message d’unité particulièrement rafraîchissant, à l’aube d’une actualité toujours plus morose. Alors que les équipes de France de natation et de cyclisme sur piste se déchirent aux yeux du monde entier, leur homologue du noble art affiche une cohésion à toute épreuve. Qu’importe le combat, l’ensemble de l’équipe de France de boxe fait le déplacement pour soutenir son représentant sur le ring. Qu’importe la décision des juges, la victoire ou la défaite est toujours replacée dans un résultat d’ensemble. Pourtant, point de relais ou d’épreuves par équipe en boxe, sport individuel par excellence.

Alors comment expliquer cet état d’esprit irréprochable des boxeurs français ? Peut-être parce que certains d’entre eux gardent à l’esprit les décisions contestables des dernières « olympiades ». Peut-être parce que d’autres ont dû cravacher pour obtenir leur qualification à l’issue du tout dernier tournoi de qualification olympique (TQO). Quelle que soit la raison principale, tous ont dû se battre pour en arriver là où ils en sont aujourd’hui. Si on rajoute à cela le souvenir d’Alexis Vastine, brutalement décédé au printemps 2015, des entraîneurs compétents (John Dovi, Luis Mariano Gonzales, Mehdi Nichane) ou encore un excellent management de la part du DTN Kévinn Rabaud, pourtant confronté à « l’affaire Djelkhir », on obtient cet esprit d’équipe vanté par tous les observateurs depuis le début des Jeux de Rio.

Sofiane Oumiha, un véritable symbole

Pourtant, ces boxeurs proviennent pour la plupart de ces quartiers souvent décriés par les nombreux éditorialistes que compte la presse française. Théorisé au moment d’expliquer les dérives du football français (affaires Knysna et Benzema), le concept de « culture racaille » est mis à mal par le succès et l’état d’esprit affiché par l’équipe de France de boxe olympique. Parmi les dix représentants tricolores, l’exemple de Sofiane Oumiha est peut-être le plus discriminant de tous. Natif de Toulouse, le jeune pugiliste de 21 ans est issu du quartier de la Reynerie, un quartier difficile habitué à grossir les pages faits divers des quotidiens locaux. Hier, à l’issue de son ultime combat, synonyme de médaille d’argent, Sofiane Oumiha a eu des propos très fort à ce sujet. « Je ne sais pas comment j’aurais fini sans la boxe. Je suis aux Jeux, je représente la France universelle, mais pas seulement la France. Je représente aussi tous ceux qui me soutiennent, dans le monde entier, je suis fier d’avoir rassemblé tout ce monde un instant. Mon message, c’est de toujours croire en ses rêves et ne jamais baisser les bras ».

Au-delà de la performance sportive, Sofiane Oumiha a également touché le public durant ses Jeux Olympiques par le biais d’un discours positif, intelligent et rassembleur. Preuve une nouvelle fois qu’un destin n’est jamais tracé à l’avance. Qu’importe l’origine sociale ou ethnique, chaque individu peut s’en sortir à partir du moment où la société a le courage de lui tendre la main. Le cas de Sofiane Oumiha n’est pas unique. Mathieu Bauderlique, Souleymane Cissokho, Christian Mbilli ou encore Elie Konki, entre autres, ont également eu un comportement irréprochable et un discours plein d’espoir et d’humilité durant cette quinzaine brésilienne. Souvent décrite comme école de la vie, la boxe réussit là où la société française est sur le point d’échouer. Si beaucoup ne retiendront que les six médailles ramenées par le noble art, record historique, je retiendrais également cet état d’esprit, cette unité et cette dignité affichés par les dix pugilistes français à Rio. Bien plus qu’une performance sportive, c’est une véritable leçon de vie que cette équipe de France de boxe olympique nous envoie en pleine face.

Chers Christian, Elie, Estelle, Hassan, Mathieu, Paul, Sarah, Sofiane, Souleymane et Tony, merci pour ce message envoyé à l’ensemble de la société française. Espérons que celle-ci soit assez intelligente pour s’en saisir et faire perdurer cet état d’esprit. Espérons que nos responsables politiques finiront par comprendre que la solution à nos maux est collective, que nos différences ne doivent pas nous diviser mais nous rendent bel et bien plus fort. C’est donc tout naturellement que le mot de la fin revient à un des représentants de cette merveilleuse équipe de France de boxe olympique, Elie Konki, qui déclarait à l’issue de son élimination en huitièmes de finales : « Cette performance collective des boxeurs français est à l’image de la France. En restant unis, on est plus fort. » Tâchez de retenir ce message et de le diffuser autour de vous, au-delà de toutes les frontières artificielles que l’on a trop tendance à respecter ou à se fixer.

Crédits image : AFP

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