Troisième recrue de l’Amiens SC depuis le début de l’intersaison, Reda Rabeï est un attaquant au parcours singulier. International français de futsal, il est passé au football à onze avec Wasquehal (CFA) en janvier dernier. Souvent comparé à Wissam Ben Yedder, il a rapidement confirmé les espoirs placés en lui en inscrivant huit buts en l’espace de dix matches. Reda Rabeï intrigue beaucoup les supporters amiénois, impatients de le voir en action. En attendant, apprenons à mieux le connaître par l’intermédiaire de Grégoire Godefroy, journaliste à Onze Mondial, et de Steeven Devos, journaliste et éducateur futsal à l’Academy Paris Saint-Ouen.

Bonjour, Réda Rabei vient de signer à l’Amiens SC. Peux-tu nous le présenter un peu ?

Grégoire Godefroy : Reda est une pépite du futsal. Il a 21 ans, jouait jusqu’à il y encore quelques mois au Douai Gayant Futsal. Il a fini la saison dernière meilleur buteur du championnat avec 36 buts inscrits, il est international français et compte déjà 17 buts en 23 sélections. Il a préféré se consacrer au foot à onze en signant à Wasquehal en CFA en février. Ce n’est pas un numéro 10 comme on l’entend, mais un vrai attaquant, cela correspond plus au profil d’un 9 1/2. Son parcours avait débuté par le centre de formation du LOSC, aujourd’hui, il débarque en Ligue 2 avec Amiens.

Steeven Devos : Avant le Douai-Gayant Futsal (aujourd’hui Orchies Douai Futsal). Reda avait joué au FC Picasso Echirolles (Isère), futsal aussi. Mais, il avait déjà fait du football à onze auparavant, il n’a pas découvert cela avec Wasquehal. C’était un attaquant terriblement efficace et plutôt élégant sur les parquets et il semble qu’il est tout autant sur herbe.

L’histoire de Réda Rabei est souvent mise en parallèle avec celle de Wissam Ben Yedder. Cette comparaison est-elle justifiée ?

GG : La comparaison est justifiée parce que comme Wissam vient aussi du futsal, à l’instar de Moussa Sao à Sochaux. Il est explosif, adroit devant le but, technique… Mais attention aux comparaisons, des nouveaux Ben Yedder on en annonce souvent.

SD : On va forcément faire la comparaison entre les deux et dans une moindre mesure avec Moussa Sao, qui lui aussi était international Futsal et joueur du Cannes Bocca Futsal. Mais, on sait ce que ça donne lorsque l’on compare les joueurs à d’autres qui ont réussi avant… Ils vont avoir des qualités communes comme la rapidité d’exécution et le fait de pouvoir se sortir de situations complexes sous des contraintes d’espace et de temps, qualités propres au Futsal. Il ne faudrait pas que cette comparaison aille plus loin, Rabei fera du Rabei, pas du Ben Yedder.

Après un parcours en futsal couronné de succès, Réda Rabeï a rapidement réussi la transition « sur herbe » avec Wasquehal. Peut-il jouer un rôle majeur avec l’ASC en Ligue 2 ?

GG : Il va forcément jouer un rôle majeur à l’ASC et s’il a été recruté c’est clairement pour marquer des buts. Et je pense qu’il ne décevra pas son nouveau public.

SD : Sincèrement je pense qu’Amiens a réalisé un très bon coup. Je ne connais pas l’entourage de Reda mais il a l’air bien conseillé au vu de la transition Futsal-Football justement. Il a fait de très bons choix. Il avait été invité à effectuer des essais à Nantes et Lens. Convaincants ou pas, il se retrouve en CFA à Wasquehal. Parfait pour reprendre quelques repères sur grand terrain et continuer à marquer et faire parler de lui. Palier plus important maintenant en Ligue 2 avec Amiens, club assez discret médiatiquement, pas si loin de Douai. Il peut clairement jouer un rôle majeur cette saison.

Reda Rabeï, comme beaucoup de joueurs avec ce profil, est peut-être un peu « perso »

Ce genre de joueur offensif, très technique, est souvent présenté comme individualiste. Réda Rabeï est-il touché par ce petit cet excès ? Et plus généralement, quelle est la personnalité de l’homme ? 

GG : Reda, comme beaucoup de joueurs avec ce profil, est peut-être un peu « perso » oui. Mais c’est aussi ce qui fait son jeu et son charme. Il saura se mettre au service de l’équipe s’il le faut. Il faut aussi qu’il soit dans de bonnes conditions. Il a été suspendu 10 matchs par la FFF la saison dernière pour une altercation avec un spectateur. Clairement, c’était injustifié une sanction aussi lourde. Mais, il doit quand même faire attention à se canaliser.

SD : On a souvent tendance à penser que le futsal se résume à des un-contre-un perpétuels avec des joueurs très doués techniquement qui font la différence tout seul. Alors ces situations existent au cours du match, forcément. Mais, la notion de collectif est primordiale dans la discipline, surtout lorsque le niveau augmente, pas de place pour les « individualistes » dans le mauvais sens du terme. Pour être honnête, je n’ai jamais eu l’occasion de découvrir sa personnalité, d’échanger longuement avec lui, j’ai juste eu le plaisir de le voir jouer. Ça me permet d’être totalement neutre et de juger seulement ce que j’ai vu. Ce que je sais en revanche c’est qu’il fait l’unanimité sur ses qualités de joueur.

Quels sont les points forts sur lesquels Reda Rabeï va pouvoir capitaliser en Ligue 2 ? A l’inverse, quels sont les points faibles qu’il doit encore travailler ?

GG : Ses points forts sont clairement son sens du but, sa technique, sa capacité à se sortir d’espaces réduits grâce au futsal, il sera un poison pour les défenseurs de Ligue 2. L’arrivée dans une structure professionnelle le fera progresser d’un point de vue physique, du moins je l’espère. Il doit gagner en muscles et en impact physique. Surtout au milieu de défenses de Ligue 2 qui ne font pas de cadeaux.

SD : Son sens du but, clairement. Il avait des statistiques incroyables. Si je ne dis pas de bêtises, il avait terminé la saison dernière à 34 buts, avait grandement participé à la bonne saison de Douai, qualifié pour les playoffs 2014/2015. Il a également marqué 18 buts en 24 sélections avec l’équipe de France. Je me souviens aussi des qualifications à l’Euro 2016 de futsal d’ailleurs, où il plante trois buts face à l’Albanie, tout en ayant quelques douleurs au genou. Il va certainement devoir travailler physiquement, la Ligue 2 est réputée comme assez rude. Puis tactiquement aussi, ce sera plus exigeant qu’en CFA. Les premiers mois vont être intéressants mais en rien révélateurs.

Son nom a été évoqué en Ligue 1 et en Ligue 2, alors que Lens l’avait approché l’été dernier. Es-tu surpris par sa signature avec l’ASC et penses-tu qu’il a le potentiel pour évoluer plus haut assez rapidement ?

GG : Je suis surpris par sa signature à l’ASC tout simplement parce que j’aurais imaginé qu’il signe dans un club plus prestigieux sans manquer de respect à Amiens. Il a été testé il y a 2 ans à Nantes, l’année dernière à Lens, il a été jugé à chaque fois trop frêle. Il était suivi par le Red Star ou Rennes en Ligue 1. Il a choisi sûrement le choix de la discrétion pour travailler calmement et engranger de l’expérience. Donc oui c’est un bon choix. En plus ça reste dans sa région des Hauts-de-France. Mais je préfère prévenir les supporters amiénois, il ne restera pas longtemps, la Ligue 1 lui tend déjà les bras.

SD : J’avais lu Rennes en L1 et puis les essais à Lens et Nantes, qui n’avaient pas été convaincus apparemment, certains médias avaient annoncé qu’il n’était pas assez costaud sur le plan physique. Surpris, non, ça rejoint une question précédente où je trouvais son ascension et son parcours très intelligents. Il ne grille pas les étapes et prend son temps. Donc évoluer plus haut, oui, rapidement, je ne sais pas. Qu’il continue sur sa lancée, beaucoup de choses vont changer avec ce nouveau statut et il va falloir rester lucide.

Merci à Grégoire et Steeven de m’avoir accordé un peu de leur temps personnel respectif afin de réaliser cette interview. N’hésitez pas à les suivre sur Twitter afin de mieux connaître les joueurs en provenance des divisions dites « inférieures ». 

Reporter Sportif dans les Hauts-de-France. Je couvre quotidiennement l'Amiens SC et le RC Lens. Vous pouvez également retrouver mes opinions sur le football en général et de nombreuses interviews de supporters. «Quand vous jouez un match, il est statistiquement prouvé que les joueurs n'ont la balle que trois minutes en moyenne. Le plus important, c'est donc ce que vous faites pendant ces 87 minutes où vous n'avez pas la balle. C'est ce qui fait que vous êtes un bon joueur ou non.» - Johan Cruyff

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